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mercredi 9 novembre 2022

Jacques Abeille [français]

J'ai commencé il y a quelques temps Les Jardins statuaires, de Jacques Abeille, dont on m'a dit et dont j'ai lu le plus grand bien. L'idée des statues poussant dans le sol me paraissait un peu bizarre, mais il faut dire que je suis un peu con, et en lisant des entretiens avec l'auteur j'ai fini par comprendre qu'il s'agissait d'une métaphore de la création : pour Jacques Abeille, un livre n'est pas le produit d'un travail minutieux de professionnel, mais la modeste mise en forme, par l'auteur, d'une inspiration impérieuse, d'un quelque chose surgi de nulle part, qui demande à naître et à être cultivé.

"Je sais très bien que Flaubert est un grand écrivain. Mais il y a d’autres façons d’écrire. La légende que le malheureux Edgar Allan Poe a entretenue autour de son Corbeau, en démontrant que tout y était calculé, est fausse mais Baudelaire, Mallarmé et Valéry l’ont relayée. Voici le goût français. J’y suis étranger. Ce petit conte philosophique devait dire que l’œuvre d’art sort, et que l’artiste se contente de contrôler son élan. C’est une idée un peu aristotélicienne : le sculpteur doit dégager une virtualité qui est déjà dans le marbre. Evidemment, il y avait pour moi, à l’horizon, une réhabilitation de l’inspiration par rapport au travail."

Le roman se déroule dans une sorte d'Europe de rêve, sans époque précise, ou qui en mélange plusieurs, et me rappelle en ceci Sur les falaises de marbre, de Junger – et à vrai dire aussi les fictions interactives de l'ami Éric, par exemple Les Heures du Vent, dont on ne sait pas bien s'il se déroule au Moyen-Âge, au XIXè siècle, ou dans un lointain futur archéofuturiste. C'est apparemment une sorte de tradition discrète dans le roman contemporain ; si j'en crois Saint Wikipédia, Dino Buzzati dans Le Désert des Tartares, et Julien Gracq dans Le Rivage des Syrtes, deux romans que je n'ai pas encore lus, mettent en scène le même genre de monde. On pourrait aussi évoquer l'ambiance de certaines nouvelles de Borgès. 

Ironiquement, et entre parenthèses, ces auteurs sont considérés comme des géants en France alors qu'ils sont largement plus proches des littératures de l'imaginaire, comme on dit, que de la littérature blanche type NRF – dans un pays qui précisément a toujours méprisé l'imaginaire et ses écrivains. Volodine fait figure d'exception, et encore depuis peu, Brussolo lui continue à se contenter de prix littéraires de seconde ou troisième zone.

Jacques Abeille :

"Si je rejoins mon temps, c’est dans le sentiment, hérité sans doute de mon obscurité, qu’il y a en France un refoulement, un interdit, une condamnation de l’imagination. Un intellectuel très subtil dont on parle peu aujourd’hui, Gaëtan Picon, a écrit des essais sur la littérature en relevant un fait incroyable : on a le droit d’avoir de l’imagination si on est sud-américain, si on est irlandais, tchèque. On trouve partout des amateurs d’Alice au pays des merveilles ou des Voyages de Gulliver. Mais l’écrivain français doit être vraisemblable. Tous, même les plus grands, doivent passer par cette contrainte, et il est inadmissible d’y échapper."

Tout cela est finalement ce que j'ai essayé de faire moi-même avec La Libération et d'autres choses sans doute que j'ai pu écrire ou simplement imaginer dans ma vie. Une Europe rêvée, éternelle, archétypale, dont toutes les époques et tous les aspects se cumulent et se mélangent, et c'est probablement l'univers mental inévitable de tout occidental un minimum cultivé. Il suffit de visiter un musée pour flotter dans ce sentiment d'éternité.

Quand je dis Europe rêvée, ce n'est pas une façon de parler ; pour Jacques Abeille le rêve est central dans son travail :

"Je persiste à croire que le surréalisme est inépuisable, mais c’est encore autre chose. Je pense au surréalisme versant rêve : l’activité onirique me parait le grand réservoir de ce que j’écris."

Plus jeune je voulais être écrivain et inventer des histoires – le problème était que je ne trouvais rien d'intéressant, de pertinent ou de neuf à raconter. Il a fallu que j'accumule des centaines de récits de rêves pour réaliser que bon nombre d'entre eux mettaient en scène les mêmes décors, les mêmes problématiques, et qu'ils étaient finalement des séquences, dans le désordre, d'une même histoire ou de quelques histoires étranges mais bien réelles que mon esprit se raconte depuis des décennies, maintenant, pendant la nuit. Et qu'il n'y a pas à chercher plus loin ; elle est là, l'inspiration, l'originalité, la pertinence.

On n'écrit pas du Balzac en se fondant sur ses rêves, évidemment. Ça se termine plutôt avec des récits à la Lovecraft, à la Volodine, ou à la Jacques Abeille, donc. Mais après tout on est pas obligé d'écrire du Balzac... Et ce doit être une grande, grande satisfaction que de parvenir à tirer un récit raisonnablement cohérent et communicable à autrui, à partir des ruines éparses de notre vie nocturne que sont, non pas nos rêves, mais les souvenirs de nos rêves, ceux auxquels nous avons accès.

Les récits de rêves qui me semblent les plus parlants et les plus fascinants, aujourd'hui, parmi ceux que j'ai notés entre dix-huit et vingt-cinq ans environ sont ceux qui mettent en scène des paysages ruraux archétypaux, avec leurs châteaux, leurs villages, leurs ruines antiques, etc ; j'en ai visité plus en rêve que dans ma vie réelle, comme si malgré ma vie parfaitement urbaine d'homme de la fin du XXè siècle, mon esprit était fondamentalement peuplé de ce genre de paysages.

Parfois je m'y promène simplement, seul ou avec des amis. Parfois ils sont le décor d'un changement de vie, d'une nouvelle étape pleine de promesses, comme quand je me fais embaucher par un châtelain pour un travail quelconque sur son domaine. Ce qui est presque le début des Jardins statuaires après tout, et en l'ouvrant, je me trouvais donc déjà, pour ainsi dire, en terrain connu (expression qui par ailleurs est l'homophone de "terre inconnue"), dans le même rêve qu'un nombre inconnu d'hommes font en même temps et qu'il faut peut-être commencer à envisager comme une partie de la réalité. 

dimanche 1 décembre 2013

Quelques pensées sur Arcanum, entre autres choses

Je me suis remis à ma bonne partie d'Arcanum, abandonnée depuis des mois si ce n'est un ou deux ans, pour cause de blocage dans la quête principale, ainsi que de paresse.



Ce qui me saute aux yeux – qui m'ennuyait déjà un peu au début, mais qui là, vraiment, me saute aux yeux – est l'aspect totalement artificiel de ce qui arrive dans le jeu. En dehors de la quête principale, sorte de jeu de piste, il n'y a pas une seule mission secondaire qui ne débute pas sur le mode "Bonjour mon brave, comment ça va ? - J'ai tel et tel problème. – Ah oui ? et si je le résolvais à votre place, alors que je ne vous connais absolument pas ?".

Et ceci, systématiquement. Comment peut-on traiter les choses à ce point par-dessus la jambe ? Peut-on peut-on à ce point grossièrement indiquer au joueur "Là, il y a de l'XP à se faire, des trucs à visiter et du loot à choper" ? Sans lui offrir la plus petite vraie justification scénaristique ? Exactement comme si en entrant dans un bar, dans la vie réelle, et en saluant les PNJ, pardon, les autres clients, vous vous retrouviez avec 15, 20 missions sur les bras : machin a besoin d'argent pour payer ses impôts, truc a des ennuis avec des gros bras de son quartier, bidule est malade et a besoin d'un médicament à base de plantes produit uniquement dans le pays d'à côté, où il ne peut pas se rendre. Des gens qui ne vous ont jamais vu et à qui vous ne devez rien. Réaliste, pas vrai ?

Conclusion : mieux vaut une quête principale qui compte plus de sous-chapitres, donc certains peuvent être optionnels (ou alors : qui tolèrent l'échec sans que la partie soit terminée) que 3500 side-quests injustifiées et tellement mal amenées que le joueur ne peut rien se dire d'autre que : bon sang, encore une side-quest – avec un total désintérêt pour son contenu.

Mieux vaut aussi FORCER le joueur à remplir telle ou telle mission même parfaitement contingente (exemples : une attaque surprise des ennemis dans un lieu où il se trouve ; un PNJ proche qui se fait mordre par un serpent ; un véhicule à réparer en rase-campagne, en urgence) que de lui proposer sans arrêt des quêtes injustifiées, comme si dans la vie les gens passaient leur temps à vous embaucher pour rêgler leurs problèmes.

Autre chose qui me gêne, et énormément : les dialogues. Arcanum est réputé pour être un jeu qui s'adapte en permanence aux caractéristiques du personnage ; sa race, son intelligence, etc. Si vous jouez un orc – race pestiférée – les PNJ vous traiteront comme tel ; si vous êtes un humain, les elfes vous prendront de haut, etc. Le problème c'est que pour que la partie puisse avoir lieu, il faut quand même qu'à un moment où un autre les PNJ acceptent de vous parler et vous livrent des informations. Aussi, avec mon personnage humain, je passe ma vie à me faire rabrouer par des elfes, de manière vraiment insultante, mais il suffit de deux-trois lignes de dialogue à la "S'il vous plaît, allons au-delà de nos différences raciales" pour que mon interlocuteur devienne super sympathique et me dise tout ce que j'ai besoin d'entendre.

En gros Arcanum voudrait gérer de manière riche et complexe l'impact de la race et de l'intelligence du personnage-joueur sur le jeu, mais il le fait de manière tellement grossière et limitée qu'au final, il paraît ENCORE plus limité qu'un jeu qui ne prendrait pas ces critères en compte. Mieux vaut le silence que de montrer les grosses ficelles techniques du jeu...

dimanche 8 mai 2011

Ménagères fan de Second Life

Les univers virtuels sont beaucoup plus réels qu’on – et surtout leurs détracteurs, qui pour de sataniques raisons voudraient nous séquestrer dans la réalité matérielle quotidienne, et interdiraient jusqu’aux romans s’ils pouvaient encore historiquement se le permettre – ne le prétend ; ce sont des univers immatériels.

Parce qu’ils sont des cadres existentiels, parce qu’on y agit et qu’on y est agi, les mondes virtuels et les jeux vidéos suscitent des émotions, des réactions, tout à fait réelles (à tel point que les jeux vidéos sont utilisés dans certaines psychothérapies), et laissent dans la mémoire des souvenirs au même titre qu’un événement du monde matériel, qu’un paysage, qu’une personne "réelle".

D’une certaine manière il y a une partie de moi qui vit "réellement" à Vice City et à Los Santos – comme dans les zones résidentielles allemandes aujourd’hui disparues de Second Life, où j’errais la nuit, entrant chez les résidents pendant leur absence pour prendre des photos comme un voleur, ou encore dans l’espace infini de Minecraft – puisque j’y ai des souvenirs, visuels et émotifs, et même un avenir si je le souhaite.

Il m’arrive souvent, plutôt que de remplir les missions d’un GTA San Andreas le plus vite possible, de lancer le jeu pour me faire un petit jogging paisible au crépuscule, afin d’améliorer mon endurance – et ensuite, me balader, prendre quelques photos, danser avec Denise Robinson, ou jouer aux excellentes bornes d’arcades 8 bits qu’on trouve un peu partout dans le jeu.

Une vie quotidienne répétitive, lente, simple ; de celles qui laissent des souvenirs, de vrais souvenirs, réels et personnels, au joueur.

On rentre du travail dans sa vraie vie, on vaque à ses occupations, on dîne, et à un moment de sa soirée, on consacre une heure à faire son jogging, ou à bomber en Porsche sur la plage au crépuscule, avec Tears for Fears à la radio.

Ou à consolider sa forteresse.

Le jeu vidéo comme partie et extension de la vie quotidienne, et de la vie tout court

Évidemment, ma vie dans les jeux vidéos est une part de mon existence qui est extrêmement limitée, limitée aux quelques possibilités que propose le jeu. Mais à y réfléchir, en quoi est-ce tellement plus limité que la "partie de moi" qui va faire ses courses au supermarché après le travail ? Ces moments-là, utilitaires, toujours identiques, segmentés, sont pourtant réputés réels. Et Dieu sait qu’ils sont nombreux dans une journée.

L’ensemble des gestes que je peux accomplir dans un GTA, par exemple, est même certainement plus vaste et plus varié que celui auquel j’ai droit lorsque je fais mes courses – dans l’absolu, bien sûr, je pourrais me mettre à chanter à tue-tête au rayon fromages, provoquer une bagarre ou organiser un happening poétique entre les rangées de packs de bière, mais je ne le fais pas, et personne ne le fait, pour éviter la réaction immédiate de la Matrice, qui consiste en un vigile africain vous foutant poliment à la porte.

La somme des moments de nos vies où nous nous contentons d’un catalogue restreint de comportements, parce tous les autres ne font pas partie du programme, est incommensurable.

Dès lors, considérant que ce qui est vécu dans le jeu est perçu comme "au moins relativement" réel par l’esprit, et que la vie matérielle n’offre que peu de possibilités comportementales à chacun, l’utilisation des jeux vidéos comme moyen de délassement, de compensation, de catharsis et même de connaissance du monde, à l’instar du roman, cet usage est inattaquable, et historiquement inéluctable et irréversible.

Je dis bien "à l’instar du roman".

Qui peut nier l’impact historique qu’a eu le roman, né de l’apparition de l’individu, et par feedback, contribuant à l’individuation, la renforçant, et donnant, par ses qualités uniques d’analyse de ce qu’est le monde et l’homme, par sa capacité à susciter l’identification et même le bovarysme, par sa capacité à créer des mythes, à "mentir vrai", à prospecter l’avenir et à l’inventer ?

Il n’est pas un phénomène du XXème siècle qui n’ait été annoncé par la littérature. Et aucun des acteurs de ce siècle qui n’ait été influencé par elle – de Julien Sorel à Tyler Durden en passant par les héros des romans de boy-scout dont se délectait Brasillach le fasciste prépubère, les personnages de fiction, la fiction, et la logique même du roman a formaté mentalement plusieurs générations d’Occidentaux.

Quel sera le destin du jeu vidéo, dans ce domaine ? Quelle part prendra-t-il dans la vie psychique des gens, dans les représentations, les idéaux, après le roman et la télévision ?

Qui décidera de quitter son travail et de s’engager dans tel combat idéologique ou criminel, non plus pour imiter tel héros de papier, mais son propre avatar vidéo-ludique, faisant ainsi se rejoindre et se réunifier ses différents "moi" ?

Qui est apte à juger la ménagère fan de Second Life qui quitte tout un beau matin pour aller rejoindre le "Maître" BDSM qu’elle y a rencontré ?

Elle n’est que la descendante de celui qui a rejoint le PCF après avoir lu Les Communistes, et les hordes de clones de la génération Loft.

mercredi 12 janvier 2011

12 janvier 2011



J'ai écrit à vingt-trois ans un mémoire de Maîtrise sur l’œuvre de Houellebecq, dont l'une des grandes caractéristiques est le trajet de vie du personnage principal, qui après des tribulations sentimentales, professionnelles et autres, après avoir fait maintes rencontres et assisté à des scènes portant en elles la vérité, et de son époque dans ce qu'elle a de spécifique, et de la vie dans sa vérité nue, éternelle, renonce à sa vie pour se contenter d'écrire son témoignage. Ironiquement, à moins de quarante ans, c'est plus ou moins le point que j'ai atteint moi aussi.

*

J'ai relu Plateforme ces jours-ci, et s'il est indéniable que ce roman m'a "sauvé la vie", ou en tous cas, sauvé d'un gros chagrin, je dois dire que cette nouvelle relecture – peut-être parce que La Carte et le Territoire me les a faites voir en gros plan, une bonne fois – m'a avant tout fait sauter aux yeux les ficelles de l'écriture Houellebecquienne.

Après dix ans de relectures, il était peut-être temps, me direz-vous ; mais au fond je crois que je déteste analyser, déconstruire, recontextualiser les œuvres, quelles qu'elles soient. Je reste et veux rester un lecteur, un spectateur, un auditeur lambda, impressionnable et fonctionnant à l'affectif et à l'identification. Parce que sans ces aspects-là les arts n'ont aucune efficacité et donc aucune raison d'être ; ni la littérature, ni la musique, ni la peinture ne sont apparues dans les cavernes, entre deux chasses au mammouth, pour donner du grain à moudre aux universitaires, dirais-je en simplifiant, si j'étais le poujadiste anti-intellectuel que je suis.

*

C'est peut-être ça, cette désillusion, ce désenchantement – au sens propre : qui a oublié les authentiques transes qu'il a connu en écoutant de la musique, adolescent ? – qui m'a tellement lassé des scènes musicales dans lesquelles j'ai évolué depuis une quinzaine d'années, jusqu'à ne plus pouvoir en entendre parler : quand on connaît les "secrets de fabrication" des disques, quand on connaît l'histoire des mouvements, la généalogie des genres et des sons, quand on a connu les gens eux-mêmes, ce qu'ils sont individuellement comme dans leurs relations au sein du milieu, et dont on se demande si c'est la banalité ou la médiocrité qui les caractérisent essentiellement (et je m'inclue à tout cela), forcément, la magie de l'écoute est un peu atténuée.

A quinze, seize ans, j'étais maladivement fan de Dead Can Dance ; cela virait à l'obsession, j'en venais à rêver d'eux la nuit, à les dessiner, à écrire sur eux, c'était OK Podium ; et la rareté des informations disponibles sur eux à l'époque, et encore plus, des photos d'eux, permettaient tous les fantasmes, toutes les appropriations personnelles de leur œuvre, mais d'eux-mêmes aussi, en tant que musiciens et personnages quasi-imaginaires, surhumains en tous cas. Évidemment, après dix ans d'Internet et de presse "gothique" détaillant leur histoire, leurs prises de bec, leurs participations à des B.O et autres banalités, ils n'ont plus de zone d'ombre pour moi, ni rien de fascinant – des gens, très doués, qui font de la musique, et rien de plus.

Une chambre avec des posters, des livres, une chaine hi-fi et un lit où se pieuter ; voilà qui est très largement suffisant, comme interface avec le monde.

lundi 24 août 2009

Relire Dean R. Koontz

Relire Dean R. Koontz me donne assez envie d'écrire à nouveau. C'est un auteur dont la lecture n'a rien d'humiliant, pas comme Borgès, ou Matthieu Terence, ou Volodine, ou qui sais-je... Non, Koontz propose des histoires simples, des personnages simples, un langage simple, et le tout est agréable et efficace. Un travail de conteur.

La conception élitiste de la littérature, celle des universitaires, des critiques, me répugne de plus en plus. En ce qui me concerne, le roman n'est que est très accessoirement un art majeur destiné à explorer les possibilités du langage et de la narration ; il n'est pas apparu dans l'Histoire humaine pour aboutir au Nouveau Roman. Il est pour tous les hommes y compris les plus humbles et les plus limités, et même surtout eux, un outil de compréhension du monde et un outil de consolation ; de consolation, de compensation, de vie par procuration, de vœux pieux aussi, et de mémoire. Les hommes des cavernes inventaient probablement déjà autour du feu des histoires où le héros sauvaient le clan, et où ses interrogations, peut-être, permettaient par la bouche du conteur, aux plus limités des guerriers de formuler leurs propres questionnements. Voilà ce qu'est la littérature, fondamentalement.



Charme supplémentaire de cette littérature fantastique/horreur des années 80 : les illustrations en couverture des livres...