
J'ai une fascination pour ce genre d'interface, sobre, minimaliste, même, sans images, sans animations, sans effets ; du texte vert sur fond noir sera toujours plus futuriste que l'actuel webmail de Google ou de Yahoo.
Ceci dit je crois que la vraie fascination des e-mails, qui me pousse, presque autant que le reste, à jouer à VTM : Bloodlines, tient au fait que les messages n'y sont accessibles que depuis des ordinateurs. Partout dans le jeu on croise des laptops et des tours, les bonnes vieilles tours beiges de ma jeunesse, et l'Internet y est encore une chose à laquelle on a qu'un accès intermittent.
"The Internet used to be a place"


C'est le genre de lieu qui manque dans ma ville ; pas nécessairement un diner à l'américaine, mais quelque chose qui ne soit ni une usine (le fast food) ni un temple (le "vrai restaurant"). Un endroit où l'on puisse manger un burger ou des œufs au plat, avec du café, et laisser passer le temps, lentement. Je sortirais sans doute nettement plus si ce genre de lieux existaient. On ne peut ni se réfugier en soi-même (au milieu de la chaleur des autres) ni faire de nouvelles rencontres ou avoir de discussion dans un McDonald's ou un bar, de nos jours, avec la musique à un volume insoutenable.

Moi qui ne me suis jamais intéressé aux voitures, à la mécanique, etc, j'ai une attirance étrange pour les garages, les décharges, les stocks de pneus et de pièces détachées... Je me souviens de Patrick, cet ami de jeunesse de mon père qui tenait un établissement de ce genre face au CORA. Il y a quelque chose de chaleureux et réconfortant dans ce monde de métal, de graisse, de classeurs pleins de facture, de chauffages d'appoint, de vieilles cigarettes qui n'en finissent plus de s'éteindre sur un cendrier, lui-même posé sur un bureau métallique... Un univers d'homme, clairement, une "man cave" dont la fonction officielle n'est qu'un prétexte.
Sur cette image, le grillage me plaît bien, image de la notion de propriété, de frontière... Avoir son petit royaume à soi. Coupé du reste du monde. Un endroit où s'organiser, où stocker des choses (légales ou pas) et recevoir. Un QG.

Le Santa Monica de "VTM : Bloodlines" a quelque chose de curieusement pas américain ; au contraire, et c'est vrai dans le tous les décors du jeu, il y a quelque chose de vieil-européen dans l'architecture et dans l'atmosphère générale de vétusté, de crasse, de décrépitude qui est évident nécessaire dans un tel univers.

Je ne sais pourquoi, ces immeubles donnent l'impression de n'être pas réellement habités ; Santa Monica est une ville fantôme, où se croisent clochards, prostituées, vampires et gothiques venus danser mais qui n'ont pas l'air de s'amuser plus que cela. Pas vraiment de passants, pas de voitures, pas de voix (autre que celle du SDF prédicateur) ni de bruitages qui évoquent la vie. Les fenêtres illuminées, donc, ne donnent aucunement l'impression qu'elles abritent la vie.

Chose curieuse, les développeurs n'ont absolument pas pensé à doter ce bâtiment illuminé d'une porte.


Les arcades, les fenêtres gothiques ; la peinture bleue, la lumière bleue. Ce n'est pas un bleu froid, au contraire, il a quelque chose de bizarrement douillet. C'est un bleu chaud, nocturne, celui des écrans de télévision dans une pièce sombre, des néons dans la brume, des aquariums.
On est dans l'espace du rêve et de la nuit. Les couleurs douces, pastels, des enseignes, des jeux vidéos et de l'éclairage. Cela pourrait être l'entrée d'une garderie comme d'un bordel. Une impression féminine semble se dégager de tout cela.
Les deux lanternes de part et d'autre de la porte donnent envie d'entrer. D'y trouver je ne sais quoi. Quelque chose d'accueillant et de secret.
(Toutes ces métaphores du sexe dans mon imagination, tout de même...)
VTM : Bloodlines, comme tant d'autres jeux de la même époque est rempli de portes que l'on ne peut pas ouvrir. Qui ne mènent nulle part. Elles sont plus mystérieuses, plus attirantes que les vrais lieux du jeu.


"Playtime" écrit dans cette police de caractères fantaisiste et enfantine, mais qui dans ce contexte sordide, macabre, perd toute innocence et m'évoque l'ironie des polices de caractères utilisés par Whitehouse sur certains de leurs disques.

Je suppose que si des pédophiles essayaient d'attirer des enfants dans leur antre ils utiliseraient ce genre de font.

Je n'ai jamais visité ce genre de jetée si ce n'est dans des jeux vidéos ; en l'occurrence dans GTA San Andreas et dans VTM : Bloodlines, dont je réalise en écrivant ces lignes qu'ils se passent dans la même ville. C'est donc la même jetée.
Souvenirs d'enfance. La fête foraine à Ronces-les-bains. Les rues presque vides de Saint-Malo, le 15 août, la nuit tombée. Souvenirs de films : la fête foraine dans I saw the TV glow ; celle au début de Us. Chaque fête foraine a son train fantôme : ici c'est un vrai cadavre, suspendu par les mains liées, entouré en flics, qui est aussi le début d'une side-quest.




Mais ici la fête foraine est silencieuse, la jetée est déserte, tout dort, tout est paisible. Rien d'effrayant ou de pesant ici, malgré le cadavre suspendu et les flics, qui ne disent pas un mot d'ailleurs. J'imagine la grande paix qu'il doit y avoir à se promener là, la nuit, dans la tiédeur de la nuit, en été. Écouter ses propres pas sur le bois de la jetée. L'odeur de la mer. L'espèce de consolation bizarre qu'ont toujours apporté les ciels chargés. La lumière chaude, jaunâtre, des lampadaires. Un décor d'errance et de décrépitude, mais sans menace, sans angoisse ; comme l'ambiance des vieilles villes de loisir, comme Vichy, délabrées mais si reposantes.


Je ne voudrais pas d'un tel logement dans la "vraie vie" et pourtant je trouve ce studio, dans sa crasse, son obscurité, son dénuement, son mobilier disparate, absolument adorable. Ah, avoir un bureau métallique comme celui-ci, y cacher des choses, y conserver des dossiers, des documents importants, peut-être du fric et une arme.

Je n'ai aucune idée de ce que peuvent être des "foxy boxes" mais j'aime cette entrée digne d'un établissement louche dans un quartier chaud ; il s'agit ceci dit bel et bien d'un entrepôt de cartons. C'est surtout là que l'on découvre le laptop de l'espion chinois qui nous surveille depuis des jours, et que l'on peut lire ses notes. J'avais été fasciné par cette idée en jouant au jeu pour la première fois ; je ne saurais pas dire pourquoi. Autant les audiologs dans les jeux m'assomment, que ce soit ici ou dans Bioshock, autant l'idée de fouiller l'ordinateur de quelqu'un et d'y trouver des écrits personnels, fût-ce dans le cadre d'une activité d'espion, est très excitante pour moi. Peut-être est-ce le dépouillement de la démarche : laptop sans fioritures, écriture grise sur fond noir, format TXT. Simplicité, fonctionnalité. Alors que nos interfaces modernes sont lourdes, faussement pratiques, faussement conviviales. Il y a quelque chose dans ce dépouillement qui dit "C'est mon ordinateur, mon outil de travail simple et fiable, je ne dépends pas d'une mise à jour ou du réseau".

Grosses pierres. Cela aussi évoque la vieille Europe. Quelque chose de médiéval, de brut et même de brutal, mais transposé dans ce contexte hédoniste, décadent, raffiné, aisé, juste légèrement décrépi et légèrement pourri de la Californie dans le "World of Darkness".
J'ai toujours aimé la peinture, l'art, y compris l'art moderne, l'abstrait, etc, même si avec les années je suis devenu plus perplexe face aux facilités et à la paresse que l'art contemporain manifeste, fondamentalement, je suis quelqu'un d'ouvert aux expérimentations esthétiques. Malheureusement je ne suis pas capable d'encaisser le niveau de snobisme de tous ces milieux, encore moins le conformisme progressiste et étatique bien français qui règne dans ce monde sous perfusion d'argent public. Si les choses avaient été différentes j'aurais peut-être continué à peindre les horreurs que je peignais, adolescent (femmes décharnées aux corps blancs et désarticulés, couvertes de sang, le sexe visible, etc) et peut-être même aurais-je pu me faire une place. Ou évoluer au milieu de pairs. Vivre une vie artistique intense, extrême. Et puis tout le monde aime picorer à une table de cocktail après un vernissage...

Curieuse porte, vaguement menaçante, vaguement démoniaque, évoquant je ne sais quelle civilisation ancienne. La présence maçonnique, occultiste, aux États-Unis (comme partout).

L'hôtel abandonné. Qui ne voudrait pas vivre dans un hôtel abandonné, pour commencer ? Au milieu des vieux objets, des meubles dont chacun a une histoire, un poids, au milieu des fantômes, des remugles physiques et psychiques des autres. L'hôtel comme système communiste à sa façon, comme labyrinthe, comme microcosme à la IGH où ne peut que surgir le romanesque.
Superbes rideaux, pales, translucides, sépulcraux… Encadrés par ces épaisses tentures. Filtres supplémentaires entre soi et le monde. Tombeau douillet, molletonné. Je les imagine sales, ces dentelles et ces tentures. Le tabac, l'odeur et la graisse qui émane des cuisines comme des corps mêmes des clients. La poussière accumulée. Les insectes morts qui se désagrègent.

Il me faut plus de photos d'ancêtres chez moi. Des vieilles photos. Des fenêtres sur le passé. Pas nécessairement disposées de travers comme ici, bien que cela ait un charme indéniable.

Un long couloir obscur comme ça, c'est la seule chose qui me manque chez moi. Celui n'est peut-être même pas encore assez obscur ; on voit la porte au fond. Il faudrait une poche d'obscurité pure, comme dans ce film vu sur ARTE, Hotel.
Il n'y a rien derrière la porte et c'est très bien. Probablement la ballroom de Shining de toute façon.


Il me faut plus de vieilles lampes à abat jour. Et des appliques murales. Soigner l'éclairage chez moi. Et que ça fasse vieillot. Comme chez Mamie.

Là aussi c'est le genre de bar obscur et que j'imagine silencieux, où j'aimerais passer du temps.
(Je ne sais pourquoi je pense à ce clip de Protomartyr, A private understanding, avec ces décors vieillots, ces personnes habillées de manière si classique, que l'on ne reverra plus jamais ailleurs qu'au cinéma ou dans la fiction en général. Des adultes habillés comme des adultes. Pas comme des repris de justice tatoués, des membres de gangs afro-américains ou des joggeurs du dimanche matin)


La lumière froide, bleutée, de la lune. Chose qu'on ne voit jamais dans la "vraie vie" (les nuits américaines dans les films ont elles aussi abîmé l'imaginaire).
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